Le Contextualisme

La 3 ème Vague des TCC

Il s’agit d’une nouvelle génération de modèles thérapeutiques partageant les mêmes bases intégratives, fondée sur une démarche scientifique inspirée de la philosophie behavioriste, se donnant comme objectif de dépasser ou d’améliorer les approches comportementales cognitives traditionnelles.

N

ommée Contextualisme Fonctionnel par Hayes, (1993) à la suite de Pepers, ce courant novateur se veut aussi un retour aux sources moderne du Béhaviorisme Radical de Skinner (Jacobson, 1997) auquel on a intégré empiriquement les approches humanistes comme celles de Rogers… dites 3 eme voie phénomèno-existentielle. Burrhus Skinner a été reconnu comme psychologue humaniste.

On se référera aux variables de l’environnement, mais en s’étayant sur l’inné aussi bien dans la genèse du psychopathologique que dans le développement normal de l’individu. Ainsi on définira « l’action dans son contexte » comme un comportement qui s’explique par les aspects historiques de l’apprentissage et des situations présentes. On focalisera alors sur la fonction des comportements, leur sens ou leur utilité, leurs conséquences dans le contexte donné. Ce sens premier issu du contexte subsume que des comportements ayant la même topographie peuvent avoir une fonction différente selon les contextes, marcher dans un sous-bois avec un fusil de chasse, n’a pas la même fonction que participer à une marche pour la paix. À l’inverse, des comportements entièrement différents peuvent avoir une même fonction. Tous pouvons-nous apercevoir que des comportements comme ruminer, travailler, se distraire et éviter des situations peuvent tous avoir une même fonction d’éviter des ressentis émotionnels douloureux (Dionne et coll). Une prémisse contextuelle est que l’évitement expérientiel conduit à la rigidité comportementale. Les modèles contextualistes sont fondés sur la Théorie des Cadres Relationnels (TCR ; Hayes, Barnes-Holmes et Roche, 2001 ; Törneke, 2010), ou RFT ( Relational Frame Theory) qui est une théorie comportementale du langage et de la cognition prolongeant les recherches de Skinner sur les comportements verbaux ( Verbal Behavior).

On propose que l’évitement expérientiel est un phénomène inhérent au langage et inévitable car dû à l’adhésion à des règles verbales (p. ex., « Je ne dois pas perdre le contrôle ») et à la fusion cognitive avec son expérience interne ( « sinon je me sentirai mal et ce sera catastrophique »)  ce qui revient à prendre ses pensées littéralement comme des vérités (Hayes et al., 2012) et automatiquement l’individu agira comme si ses pensées étaient la réalité ( « je suis un héros ! », « je suis un nul »), la pensée et ce qu’elle est supposée représenter ne font qu’un (Harris, 2009), or les pensées ne sont que des produits de l’esprit. On peut noter que nos problèmes psychologiques sont produits par nous-mêmes et que nous aimerions les supprimer à tout prix. Une croyance, lorsqu’il y a fusion cognitive avec l’expérience interne, est destinée à en éviter les aspects désagréables ce qui obligatoirement (non paradoxalement) aggravera inévitablement la souffrance. Toute tentative de suppression de pensée ou d’une sensation ne fait que renforcer cette pensée ou cette sensation de par la focalisation, et l’échec de la tentative de contrôle vue l’impossibilité inhérente de cette tentative sur une autoproduction.

Dans les reviviscences ou flashback post traumatiques par exemple, l’individu réagit aux stimulus, ses perceptions externes ou interne (souvenirs) et ses expériences sensorielles (réelles) sans conscience que ces réactions sont produites par son cerveau. La volonté suppressive par la nature même du langage, qui consiste à relier des stimuli entre eux, rend l’évitement des expériences internes impossible et contre-productif, le cerveau se perdant dans des associations sans fin. En fait, non seulement la fusion cognitive est un phénomène naturel, mais elle est tout aussi utile (Dionne et coll, 2013).

La philosophie behavioriste sous-tend des recherches (également en laboratoire) sur les processus de changement, elle rejoint le devoir de désobéissance pour aller si besoin à contrecourant de la psychologie populaire (Christensen, 1996). Les contextualistes font leur cette déclaration universelle de prise de conscience transcendantale du monde et de sa responsabilité de David Thoreau ( Walden) contre l’esclavage, Il est de mon devoir en tout état de cause, de m’assurer que je ne participe pas au mal que je condamne.

Contextualisme fonctionnel

E

n 1942, Pepper a proposé dans sa classification catégorielle des systèmes philosophiques comme «visions du monde», articulées chacune, autour de ce qu’il  nomme métaphore fondamentale : «un concept ou un objet dont la compréhension est évidente pour le sens commun et qui peut fournir une analogie de base sur laquelle une démarche de compréhension analytique du monde pourra s’étayer »  selon un critère de véracité propre, validant les modèles d’analyse qui découlent de cette métaphore fondamentale c’est-à-dire une hypothèse sur le monde.

Parmi les 4 hypothèses philosophiques que sont : le formisme, le mécanisme, le contextualisme et l’organicisme » aucune ne parvient à la précision idéale absolue. (Philippe Vuille précise, un système est pertinent s’il respecte le concept de précision, c’est à dire d’explications différentes d’un phénomène, par l’utilisation étendue d’un nombre parcimonieusement limité de concepts à la base de cette vision du monde. (Site francophone, ACBS, 2018). Pepper souligne l’intérêt du contextualisme racine de la philosophie behavioriste.

L’approche contextuelle fonctionnelle (D’après Christel Neveu, site ACBS 2018) Le contextualisme ( proche du constructivisme) s’oppose à l’approche mécaniste dominante en psychologie, ou  l’être humain est perçu comme une machine dont on analyse les parties et leurs relations entre elles et les forces qui l’activent, l’homme computer cognitiviste, l’homme machine.

Le fonctionnement psychologique d’une personne est décrit  par un modèle dit universel, ayant valeur véridique, description objective de la psyché humaine, qui ne tient pas compte de l’environnement, ni du moment du présent, (du contexte). Les diverses théories psychologiques ont chacune des logiques internes et s’autoproclament le modèle de compréhension le plus exact. La psychanalyse a longtemps considéré que ses spéculations sur l’inconscient devaient être prise comme l’explication ultime, indépassable, ayant valeur de vérité. On ne remet pas en question ces modèles « mentalistes » qui théorisent une logique pure du fonctionnement psychologique, par exemple la métapsychologie qui valide les faits, plutôt que les faits ne la valident. Le modèle est par définition juste, n’a pas à être remis en question. Les thérapies qui en sont issues sont établies une fois pour toute comme moyen intangible, incontournable, inestimable, elles ne sont pas le résultat de recherches, elle fabriquent des adeptes convertis. Les processus psychologiques internes, les pensées, émotions, pulsion, schémas, désirs, les refoulements, le transfert, etc. … sont analysés comme des contenus, à l’aune de la même théorie chargée de créer des liens avant coup entre eux. Les patients se mettent à comprendre leur problème de la manière prescrite et aboutissent à des conceptions fixistes d’eux-mêmes. En pratique les modèles ne dépassent pas l’insight, la compréhension une fois pour toute établie selon des postulats de leur problématique, généralement par une maïeutique insuffisante disait Skinner, voire inopérante (Au-delà de la dignité et de la liberté) …

Le contexte comme opérant

Or les opérants sont dans le contexte, non dans les contenus. A tout instant, le comportement s’explique par une variété de facteurs possibles dans le contexte actuel et historique, il est affecté par diverses variables au présent. On a certes une histoire personnelle théorisable, mais on ne trouve de sens à ce qu’on vit que dans le contexte ou on le vit, un autre contexte donnera à l’expérience un autre sens. Le focus des Thérapies Contextuelles Fonctionnelles n’ignore pas la compréhension du contenu des pensées, ou des émotions, mais celles-ci sont instables fluctuent car elles varient sous le contrôle des contextes. « C’est donc l’utilité ou la fonction des phénomènes psychologiques dans leur contexte qui vont orienter la thérapie et non la quête d’une « vérité » supposée objective ou d’un seul et simple reflet supposé d’une réalité ». (Christel Neveu, ACBS). Des classes de comportements semblables car ayant la même fonction, dépendent de contextes partageant le même thème. On va créer expérientiellement des changements de contextes (contextual shift) pour éclairer la situation d’un jour nouveau par d’autres variables en cause également présentes et qui donnent du sens, et changer ces comportements. Ce qui compte ce sont les conséquences pour la personne, de ces phénomènes psychiques internes (pensées, émotions, images etc … conçu comme des comportements couverts) actualisées dans le contexte « actuel » ; ce à quoi elles servent, qu’elle est leur fonction, leur utilité.  Il sera plus fonctionnel de demander « À quoi cette pensée sur vous, vous sert-elle, quelle utilité de vous dire cela ? Vous amène-t-elle à croiser à vos valeurs ? ». On voit que vérifier si une pensée est vraie, rationnelle, adéquate prend un sens arbitraire, vouloir instaurer une pensée alternative aura également un résultat des plus relatifs.

Le contexte oriente vers les valeurs personnelles, celles   qui comptent pour moi ( B H Skinner, Par-delà la dignité et la liberté ). Parfois si elle ne relève pas d’un évitement, une compréhension autoréflexive peut être intéressant pour s’accepter, elle sera en fait synonyme de s’ouvrir dans l’instant à une expérience subjective propice à une mentalisation orientée vers une de nos valeurs personnelles, elle entre dans un contexte de changement. La bonne question est ce à quoi sert ma compréhension, quelle est son utilité dans le contexte, pour pouvoir me diriger vers mes buts valorisés. On ne s’attardera pas au contenu d’une pensée, à moins qu’elle soit utile dans le contexte, ou qu’elle soit fonctionnelle, mais au « contenant ». On parle alors de contexte fonctionnel. On ne parle pas d’une vérité ontologique primaire, née d’associations mécanistes entre ses composants, mais d’une vérité pragmatique fonctionnelle. Acceptance and Commitment Therapy .  Steven Hayes, Kirk Strosahl et Kelly Wilson, 1999)

La métaphore fondamentale du contextualisme (Philippe Vuille, site ACBS 2018).

Pour Pepper, (1942) l’action-dans-son contexte caractérise la métaphore fondamentale du contextualisme ; tout événement de vie peut avoir une multitude de caractéristiques, l’ensemble de ses caractéristiques concourt à définir cet événement, on peut dire qu’un contexte est composé totalement de facteurs étendus sociaux, psychologiques, matériels, culturels, politiques, ethniques, socio-économiques, internes, externes … des systèmes de systèmes liés à la personne. On le saisit avec son cadre ( Relational Frame Theory) ou son « contexte du moment » comme un tout intégré  dans lequel «  les nombreuses caractéristiques d’une action se fondent, à la fois entre elles et aussi avec leur contexte» (Gifford and Hayes, 1999, p.289) ; pour comprendre on appréhende l’événement entier, complet, dans son cadre présent et historique, il indissociable de son contexte, (là ou il se produit, et il y prend sens). On considérera pragmatiquement son utilité, sa signification et sa fonction, les relations entre ses composants.  Un événement présent donné dépend aussi d’événements passés, c’est son contexte historique d’apprentissage expliquant une part de sa raison d’apparaitre. Le contexte actuel et historique d’un événement donné, inclut toujours l’ensemble de l’univers et toute l’étendue du temps, la notion de contexte fait référence à la fois au contexte actuel et au contexte historique d’une action donnée.

Le contexte définit « la situation historique de la signification et de la fonction d’un comportement » (Dewey). Tous les phénomènes seront analysés comme des actions-dans-leur-contexte. Sauf nécessité de les séquencer par exemple dans une analyse DEEP des patterns d’interaction et de la survenue progressive du processus de polarisation en IBCT ( Christensen 2015), l’événement et son contexte sont majoritairement indissociables, ( on peut dire conditions,  circonstances, situation ). D’après Philippe Vuille pour Gifford and Hayes (1999): «Une approche contextuelle commence avec une action complète en situation et on n’y délimite des composantes que lorsque des raisons pratiques le demandent (…) C’est l’entité complète qui est première ( qui donne sens). On n’élabore des théories que pour atteindre un certain but et non pour révéler la « vraie » structure du monde. Les théories ne sont pas fondamentales, par exemple une Analyse Fonctionnelle concernant un patient sera dite une Théorie du Cas révisable et changeante au fil du temps et pour ainsi dire élaborée au cas par cas ( Herman Devries). Un contextualiste ne détermine pas la « vérité » ou l’adéquation d’une analyse contextuelle ; il se réfère au critère de véracité, dans un sens pragmatique, celui-ci n’est ni juste, ni fausse, il est fonctionnel, adéquatement utile d’après les conséquences.

Le critère de véracité du contextualisme (d’après Philippe Vuille, site AFSCC 2018)

Pour conclure, une analyse basée sur la métaphore fondamentale du contextualisme (l’action dans son contexte) consiste essentiellement en une description d’un certain événement ou phénomène et de son contexte actuel et historique ; la validité de cette analyse repose sur l’examen du contexte dans lequel elle a été générée, sa « véracité» dépend de l’intention de celui qui analyse, soit de la fonction qu’il a voulu lui donner. Si l’analyse inclut suffisamment de caractéristiques du contexte pour que son but soit atteint, on la considère comme « vraie ». Pour un contextualiste, la véracité et la signification d’une idée résident dans sa fonction ou son utilité et non parce qu’elle serait supposée refléter de la réalité, protégé de l’illusion que fournit la pensée ou le langage, parfois même la rhétorique de l’analyste. Un fonctionnement réussi, c’est lorsque que l’analyse permet aux actions d’être efficaces, ou d’atteindre un but elle est alors déclarable valide. En provenance d’une autre tradition philosophique, le pragmatisme (Charles Sanders Pierce, William James, Oliver Wendell Holmes Jr., George Herbert Mead et John Dewey…) et le contextualisme ne s’intéressent pas à la recherche de vérités absolues ou fondamentales, ou eschatologique ou ontologique. «la vérité d’une idée n’est pas une propriété inerte qu’elle contient. La vérité, c’est quelque chose qui arrive à une idée. Elle devient vraie, ce sont les événements qui la rendent vraie » (William James,1907). Centralité de l’expérience qui rejoint la phénoménologie humaniste et le courant expérientiel de Carl Rogers. C’est l’expérience (vécue ici et maintenant) qui met à l’épreuve dans la réalité, vérifie l’idée qui trouve sa « signification » dans ses conséquences empiriques pratiques, la « vérité » relève de la réussite de l’acte. Dans la « sélection naturelle » (Darwin) le succès d’un phénotype est vraie.

La théorie des cadres relationnels (TCR: Théorie du language)

La Théorie des Cadres Relationnels

La RFT Relational Frame Theory, (Hayes, Barnes-Holmes & Roche, 2001) est une approche fonctionnelle du comportement verbal et de la cognition. Un mot écrit « canard » est équivalent à l’image d’un canard, et équivalent à la verbalisation (canard) alors on peut dériver par symétrie que l’image du canard est équivalente à son écriture, que le mot prononcé verbalement est équivalent (symétriquement), à son écriture et aussi équivalent à son image (par transitivité) et que l’image est équivalente au mot vocal (par symétrie). (d’apres Villatte, Monestès, McHugh, i Baqué). Ces relations par dérivation symétrique ou transitive n’ont pas été apprises directement ; en effet, dans le cas de la transitivité, on constate que l’image et le mot écrit n’ont jamais été associés. Dans le cas de la symétrie, bien qu’il y ait eu une association entre deux stimulus, leur équivalence a été enseignée dans une seule direction. L’esprit est constamment en train de dériver les stimuli de son environnement par association, et pour apprendre des interactions avec son environnement il se fonde dès la naissance sur les capacités de son cerveau et de son organisme, auxquels jusqu’à récemment nous n’avions pas accès.

Apport des neurosciences

Le cerveau humain n’est pas une table rase, tous les circuits du cerveau adulte sont déjà présents chez le bébé, il n’est pas une simple cire vierge soumise à l’empreinte de l’environnement (Stanislas Dehaene, 2018). Les neurosciences depuis une vingtaine d’année grâce à l’imagerie cérébrale, démontrent la justesse du point de vue de Skinner qui pensait prématuré d’émettre des spéculations mentalistes sur une terra incognita (la trop fameuse controverse avec Chomski). Le débat inné acquis est obsolète. A priori chez le bébé expérimentaliste, probabiliste et statisticien façonne ses connaissances par un jeu d’hypothèses. Grâce à l’apprentissage de la séparation des modalités sensorielles occupant dans le cerveau des territoires distincts et données par les gènes depuis la nuit des temps chez le mammifère, grâce à des circuits précablés de son cerveau dès la naissance et même avant, le bébé peut suivre un ensemble de règles d’apprentissages qui lui permettent de faire le tri entre les événements en fonction de leurs conséquences nous dit Dehaene. Le cerveau humain plus que chez une autre espèce, se comporte comme un scientifique bayésien, c’est un immense modèle génératif structuré capable d’imaginer des règles prédictives, de vérifier des hypothèses, d’apprendre de ses erreurs, de ses surprises et de ses réussites, d’appliquer même des préconnaissances, de créer des espaces de pensée, et progressivement de s’ajuster (stochastiquement) à la réalité, en expérimentant ses interactions avec son environnement. Par l’agencement fonctionnel des aires cérébrale et par les capacités neuronales il a cette compétence innée d’organiser le monde, le cerveau est programmé programmeur et agenceur, engendrant des formules abstraites, par exemple un langage de la pensée qui sélectionne des idées en fonction de leur adéquation aux données reçues.

Dans le domaine du langage le cerveau humain dès la naissance, applique des opérations spécifiques (Dehaene, 2018). Dès l’âge de 2 mois le bébé active la même hiérarchie d’aires cérébrales qu’un adulte, phonologiques, lexicales, sémantiques, syntaxiques, et s’il ne comprend pas encore les phrases, l’information linguistique est déjà canalisée et à force d’essais et de répétitions, il s’autoorganise et arrivera à comprendre et à parler comme aucun autre primate n’est capable ; les régions du cortex pariétale supérieur temporal et préfrontales qui abritent le langage et la pensée permettront toute la vie d’augmenter les connaissances. Les aires cérébrales qui s’activent en chaine sont ainsi interconnectées, celle du langage, l’aire de Broca qui marque l’évolution du langage, est connectée aux aires temporales et frontales par le faisceau arqué qui est le câble le plus important dans l’hémisphère gauche ce qui n’existe que dans l’espèce humaine, cette caractéristique anatomique n’est pas le fruit des apprentissage, elle préexiste  chez le nouveau-né ; les grands faisceaux de connexions sont ainsi des autoroutes du langage dans le cerveau. Dès le 3 eme mois de la grossesse le cerveau du fœtus commence à s’adapter aux informations qu’il reçoit de l’extérieur. A partir du réseau croisé des interconnexion nerveuses propres à l’espèce humaine, sans intervention du monde extérieur, l’architecture du cerveau se met en place sans apprentissage, les détails se fixeront ensuite dans le cortex en fonction de l’influence de l’environnement et de l’histoire personnelle des apprentissages ; le langage et ses fonctions, son utilisation se raffineront selon la manière individuelle particulière de dériver les stimuli au sens de la TCR. C’est à partir d’un organisme qui s’est autoorganisé sur des bases génétiques propres à tous les êtres humains que la TCR apporte une heuristique opérante de la nature et des fonctions du langage au niveau comportementale, psychologique et psychopathologique, dans la conquête de l’environnement tout au long de la vie.

La Théorie des Cadres Relationnels comme théorie du langage et de la cognition

Pour la TCR le langage, la pensée, sont pris comme des comportements, des actes ; elle vise à être utile, elle n’explique pas simplement le langage et la cognition, elle explique comment ils influencent nos comportements (Monestes, Villatte, Vuille, Schoendorf, Harris…).. Le langage est le comportement consistant à construire et comprendre des relations symboliques entre les choses, et à interagir avec ces choses au travers de ces relations, il structure la pensée organisatrice personnelles, individuelle ou collective qui construit nos rapports avec notre environnement de nouvelle manière. Nous utiliserons le langage qui supporte et active la pensée pour changer la manière avec laquelle nous voyons les choses et faisons des choix. Ce rôle du langage va aider en thérapie parce que de nombreuses choses qui maintiennent des comportements problématiques ne peuvent être changées directement…

Pour Matthieu Villatte, Jean-Louis Monestès, Louise McHugh, Esteve Freixa i Baqué : La TCR s’est centrée sur ce mécanisme de dérivation pour analyser les activités langagières, mais en ajoutant deux principes fondamentaux. D’une part, des relations très variées, et non uniquement d’équivalence, peuvent être entretenues par plusieurs événements (relations d’opposition, de comparaison, de hiérarchie, d’inversion, de miroir etc.). D’autre part, Hayes avec la dimension symbolique du langage, considére que les relations entretenues par des stimulus se fondent également sur des caractéristiques arbitraires, par exemple décrétées par convention culturelles ayant peu de rapport avec la consistance ou la texture matérielle de l’objet …(c’est-à-dire, non-physiques ou non-formelles). On aboutit alors au concept de réponse relationnelle dérivée arbitrairement applicable, un opérant généralisé qui consiste à mettre en relation des événements en se fondant sur leurs caractéristiques arbitraires. Celles-ci peuvent être modifiées par simple convention (on pourrait mettre le portrait de Simon Bolivar à la place de Washington sur les dollars américains en cas de victoire militaire du Mexique sur les USA ), ce qui n’est pas le cas des caractéristiques non-arbitraires (les roues seront toujours rondes ce qu’on ne peut modifier par le langage). Peut s’ensuivre une infinité de relations entre les stimulus et de relations entre relations, ceci rend compte de la complexité des activités cognitives et langagières.

Les cadres relationnels déictiques. Pour Barnes-Holmes et al. (2001) d’après Villatte et coll, explorant la TCR dans le cadre de la théorie de l’esprit base des relations humaines, une catégorie particulière de réponses relationnelles, les cadres déictiques, sont à la base de la communication et de la réflexion en nous procurant l’habileté à adopter un point de vue et à en changer. Les trois cadres impliqués sont les cadres de perspective interpersonnelle « Je-Vous », spatiale « Ici-Là-bas » et temporelle « Maintenant-Tout à l’heure ». Ces cadres relationnels qui n’ont pas d’équivalents non-arbitraires  ne peuvent jamais être associés aux dimensions physiques de l’environnement, ils définissent les relations par la perspective qui sera adoptée dans un discours, un échange, une pensée…. Les habiletés de prise de perspective s’acquièrent au cours du développement des interactions sociales en réponse « Qu’êtes-vous en train de faire maintenant ? », « Où êtes-vous ? » « Que ferai-je tout à l’heure ? », soit ces nombreuses phrases basiques au quotidien…

Le langage thérapeutique (d’acceptation)

Pourquoi est-ce que le langage est si important en thérapie ? (Mathieu Villatte (2014): « Maîtriser le Langage de la Thérapie : Comment utiliser la Théorie des Cadres Relationnel pour renforcer votre pratique clinique »).  Le langage est présent à chaque instant en thérapie pour trois raisons :

1- Un dark Side 

Le langage est une cause significative de problèmes psychologiques parce qu’il mène à l’évitement expérientiel de tout ce qui peut devenir une source de souffrance, mais si tout peut déclencher la souffrance, alors essayer d’éviter les sources de souffrance ne fonctionnera pas. Ce qu’on se dit sur soi, sur le monde nous éloigne d’aspects clefs de notre expérience et nous amène à la répétition de patterns comportementaux éculés et inefficaces, en négligeant des stratégies meilleures. Le langage peut nous pousser à nous rassurer ou sentir bien du fait d’avoir raison, en donnant tort à l’autre, même lorsque ce que nous faisons ne marche pas, son rapport à la pensée et la pensée elle-même créeront des pathologies.

2- Langage connecteur au monde des valeurs

C’est un outil qui nous connecte à ce qui compte pour nous dans la vie, aussi bien des sources à court terme de satisfaction, que des directions de vie qui ont du sens pour nous, l’amour ou la compassion, la socialité, ou plus prosaïques, la réussite…. Cet outil qui nous a permis de construire des civilisations, des cités, des découvertes, organise les rapports humains tout comme notre environnement. Avec le langage, malgré les écueils et les biais de raisonnement rapportés par la psychologise sociale, nous pouvons identifier quelles sont les stratégies les plus efficaces pour vivre comme nous le souhaitons et trouver du sens même dans les plus petites choses de notre quotidien, nous cultiver, agir, créer, s’instruire, communiquer. C’est la force du langage.

3- Le langage est un outil privilégié du thérapeute

Il doit l’utiliser pour impacter émotionnellement et cognitivement, repérer des situations, déclencher des émotions, créer des contextes ou le poids de l’expérience émotionnelle présente déclenchée par les mots évocateurs et significatifs de circonstances personnelles, d’apprentissage existentiels, d’histoires personnelles, d’alternatives, de prise de conscience, seront vecteurs de de changement. Le langage donne alors du sens et reconnecte la personne à ses valeurs fondamentales. Mathieu Villatte [chercheur et formateur à l’Evidence-Based Practice Institute à Seattle, docteur en psychologie, spécialiste de la TCR (ou RFT)] explique que les techniques expérientielles comme la méditation ou les exercices d’observation ont été développés pour contrecarrer les effets problématiques du langage. Le langage est aussi notre outil principal en thérapie pour aider les patients à se reconnecter à leur expérience, à tout instant. Le langage n’a pas besoin de s’imposer par un dispositif rigidement formalisé, il est toujours à notre disposition à tout moment, présent-vivant, en (inter)action, structurant pour saisir le sens des choses. Renforcé dans la conversation thérapeutique, au plus proche de ce qui affleure, de ce qui compte, il touche potentiellement le patient au plus profond, son potentiel d’impact. L’utilisation de métaphores, des paradoxes, de l’incitation à l’activation comportementales, de la psychoéducation, des entretiens de motivation, relevant de certaines techniques verbales est exemplaire, de simples échanges naturels entre un thérapeute et un patient sont des opportunités pour observer consciemment et apprendre des comportements efficaces. Les techniques d’induction de l’hypnose, de la méditation de pleine conscience sont des procédés verbaux. Nommer les expériences psychologiques ou prendre du recul sont des compétences cognitives complexes, le fameux passage autoréflexif au statut d’observateur des conflits plutôt qu’acteur de Christensen (2012), qui est une forme de pleine conscience (mutuelle) est entraîné par le langage thérapeutique ou auto-thérapeutique. La création de contexte de changement en thérapie intégrative de couple relève de cette puissance reformulatrice afin d’approfondir des émotions des sensations, des pensées importantes et affleurantes. Leur verbalisation est vecteur de changement, et  s’étaye sur les découvertes de la TCR qui engage à utiliser le langage thérapeutique de manière expérientielle, sans fards.

Mathieu Villatte : Bien que nous ne pouvons directement changer ou remplacer ces sources d’influence sur les comportements des patients, addictions, traumatisme, exclusion… nous pouvons changer la manière avec laquelle ils interagissent avec celles-ci au travers du langage. Nous pouvons utiliser différents types de relations : comparaison, condition, analogie, hiérarchie, prise de perspective, (paradoxe), etc. Les relations que nous construisons de cette façon peuvent aider à regarder ces expériences en y trouvant plus de sens et en étant plus efficace. Avec cette approche, presque chaque mot et geste que nous employons en thérapie peut faire la différence.

La Théorie des cadres relationnels du langage

Pour un approfondissement théorique, veuillez consulter l’exposé du Dr Philippe Vuille sur le site : https://contextualscience.org/le_contextualisme_fonctionnel; texte en français le plus complet à ce jour sur la TCR…  

Relational Frame Theory (Théorie des cadres relationnels du langage)

La théorie des cadres relationnels (TCR) entre dans une psychologie pragmatique des comportements humains complexes. Elle a ses instruments empiriques et conceptuels d’analyse expérimentale qui offre un compte-rendu fonctionnel de la structure du savoir verbal et de la cognition, créant un lien important entre les perspectives divergentes de la psychologie cognitive et de la psychologie comportementale.

Plus que d’autres théories du langage et de la cognition elle offre une analyse du comportement verbal et des phénomènes cognitifs propres à la condition humaine.

Une position behavioriste est un préalable à sa compréhension : comment des phénomènes de conditionnement conduisent à une transformation des fonctions d’un stimulus donné qui peut avoir toutes sortes de fonctions 

Note : Les fonctions punitives ou le conditionnement aversif  sont habituellement rejetés des techniques de modification du comportement par les behavioristes. (Voir B F Skinner : au delà de la liberté et de la dignité.)

L’imitation généralisée : en renforçant une réponse à chaque fois que sa topographie est similaire à celle d’un comportement présenté on finit par entraîner une classe de réponses qui n’ont entre elles aucun point commun topographique tout en ayant la même fonction.

Répondre relationnellement constitue un exemple d’opérant purement fonctionnel.

L’être humain a la capacité d’apprendre à répondre relationnellement à des objets d’une manière non définie par les propriétés physiques de ces objets, mais par d’autres aspects de la situation (Hayes et al. 2001, p. 21). On parle alors de réponse relationnelle arbitrairement applicable (RRAA) celle-ci apparait chez l’être humain à partir de 18 mois des le développement des compétences verbales. Ce type de réponse relationnelle ne dépend plus seulement des propriétés physiques des objets mis en relation (…) on les dit arbitrairement applicables, c’est à dire le fait que, dans certains contextes, une telle réponse est sous le contrôle de particularités susceptibles d’être modifiées par simple convention sociale (Hayes et al., 2001, p. 21).

J.T. Blackledge  : le terme «non-arbitraire» désigne les propriétés physiques d’un stimulus susceptibles d’être, de façon immédiate, vues, entendues, senties (olfaction), goûtées ou touchées. Nous pouvons qualifier d’arbitraires toutes les autres propriétés d’un stimulus qui occupent l’essentiel de notre discours et de nos pensées : Ça, ce n’est pas bien, cet autre est meilleur marché, c’est magnifique, c’est honteux… Selon la TCR, les principes régissant le comportement opérant des organismes non-verbaux peuvent leur être légitimement appliqués aux réponses relationnelles prises comme un opérant généralisé.

La notion de cadre n’est pas « mentaliste » ce n’est pas une structure localisée à l’intérieur du sujet, c’est une activité (cela prendre le sens de cadrer, cadrage) se référant à des actions ou des processus. « Cadrer relationnellement », une compétence acquise très tôt dans la vie, s’entraine sur un très grand nombre d’exemples. La première des façons de cadrer relationnellement que l’enfant apprend est le cadre de coordination. « Ça, c’est une balle !» Les mots « ça c’est une… », la gestique avec laquelle nous pointons l’objet ainsi que d’autres aspects du contexte fonctionneront comme un signal contextuel susceptible d’entraîner l’application d’un type particulier de réponse relationnelle à la balle elle-même et à l’événement auditif « balle » (lancer, donner, garder ). Dans le cas particulier, un « cadre de coordination », a pour résultat une relation d’équivalence (Hayes et al. 2001, p. 30),  l’enfant est récompensé à chaque fois qu’il émet un comportement montrant qu’il a cadré correctement. L’action de cadrer relationnellement a pour conséquence une transformation des fonctions d’un stimulus. (Dans d’autres types de cadrage comme le cadrage d’opposition, les fonctions d’un stimulus ne sont pas simplement transférées mais transformées) .

La TCR décrit essentiellement l’application non arbitraire de réponses relationnelles dérivées arbitrairement applicables (Blackledge ) . Cette capacité rend possible le langage humain et lui donne toute sa puissance (pour le meilleur et pour le pire) dont nous devons nous servir pour interagir (de manière si possible efficace). La dualité entre la dimension arbitraire et la dimension non-arbitraire sont probablement au cœur de l’ambiguïté de beaucoup de problèmes auxquels nous devons faire face.

Les avantages de la TCR comme approche du langage et de la cognition humaines ( Philippe Vuille)

L’approche fonctionnelle et contextualiste choisie par la TCR pour aborder la compréhension des comportements humains complexes a permis le développement d’un système d’analyse offrant de nombreux avantages par rapport aux nombreuses théories – issues de diverses disciplines et aux modèles traditionnels du langage et de la cognition (structuraliste, «transmission de l’information» de Canon) (Blakledge, 2003) :

  • La TCR est une approche parcimonieuse reposant sur un relativement petit nombre de principes et de concepts de base.
  • La TCR est précise, elle permet de mener une étude du langage humain en accord avec les processus qui les composent les spécifiant soigneusement.
  • La TCR a une large portée, elle propose des explications plausibles et de nouvelles approches empiriques pour un large éventail de comportements humains complexes, en matière de réflexion théorique et de recherche appliquée (citons la résolution de problèmes, les métaphores, le soi, la spiritualité, les valeurs, le comportement gouverné par des règles, la psychopathologie, etc.)
  • La TCR a de la profondeur, c’est-à-dire que ses analyses concordent avec des descriptions bien admises à d’autres niveaux d’analyse. Elle rend par exemple compte de manière plausible de phénomènes culturels comme l’amplification de la connaissance; des recherches récentes en neurologie montrent que les processus cérébraux pouvant être mis en évidence chez des sujets s’engageant dans des réponses relationnelles dérivées correspondent aux prédictions émises par la TCR pour les phénomènes liés au langage; le type d’histoire d’apprentissage postulée par les modèles connectionnistes concorde avec la TCR.
  • Les principes TCR sont accessibles à l’observation directe, en particulier dans des conditions de laboratoire; il n’est jamais nécessaire d’affaiblir la théorie en inférant des structures ou des processus non-observables comme des schémas cognitifs…
  • La TCR est solidement étayée par des recherches elle rend compte de façon pertinente des données recueillies dans les centaines d’études effectuées depuis 1971 dans le domaine de l’équivalence des stimuli. La TCR a passé avec succès tous les tests empiriques ; ses principes sont étayés par des données, actuellement aucune donnée ne la contredis.
  • La TCR comporte des applications cliniques directes, ce qui ne semble pas être le cas des autres théories du langage et de la cognition humaines. Les applications cliniques ACT, FAP des méthodes visant à un changement d’attitude, les problèmes de préjugés et de discrimination) bon nombre d’applications potentielles sont encore en voie de développement.
  • La TCR est générative. La théorie conduit à de nouvelles approches expérimentales dans tous les domaines importants du langage et de la cognition humaines.
  • La TCR est testable. Son affirmation principale (à savoir que le fait de dériver des relations peut être compris comme un comportement opérant obéissant aux lois de l’apprentissage) est accessible à l’expérimentation.
  • La TCR est progressive. La TCR étaie les phénomènes appartenant à la «ceinture de protection» du paradigme comportementaliste tout en restant générative (voir Lakatos pour cette façon de concevoir la progressivité). La TCR entraîne le comportementalisme dans une direction fondamentalement nouvelle comportant des implications profondes et stimulantes dans les comportements humains complexes, sans alourdir le paradigme behavioriste.
  • La TCR est cohérente. Son fondement philosophiqueest clairement articulé. Ses présupposés énoncés sont clairs; concepts définis; ajustement sans déhiscence.

L’évitement d’expérience Source de tous nos maux !!! (Philippe Vuille)

Le concept de l’évitement d’expérience Hayes et al. 1996 se retrouve parmi les principales écoles de psychothérapie. Lever le refoulement empêchant les représentations mentales menaçantes d’accéder à la conscience dans la psychanalyse freudienne. Les thérapeutes rogériens cherchent à promouvoir une attitude d’ouverture devant l’expérience. La thérapie gestaltiste considère que le blocage du cycle contact ou l’interruption d’émotions est au cœur de nombreux problèmes psychologiques, une position à laquelle adhèrent aussi les tenants de la psychothérapie existentielle dans l’évitement de la peur de la mort.

Jusque-là les thérapies cognitives (comportementales) avaient plutôt développé des procédures permettant aux patients de mieux réussir à éviter certaines expériences pénibles comme des pensées « négatives » ou des états émotionnels désagréables. Toutefois, la 3 eme vague, la thérapie comportementale-dialectique, TCD, l’ACT, l’IBCT, la FAP focalisent sur l’évitement d’expérience comme les thérapies constructivistes ou il s’agit moins de contrôler les émotions négatives mais d’intégrer l’aspect essentiel de l’expérience vécue.

Dark Side de l’évitement verbal ! Ce sont les compétences verbales de l’être humain qui le rendent capable de construire des stratégies pour éviter des événements privés comme des pensées, des images ou des sensations physiques en même temps qu’elles créent les situations où de telles stratégies apparaissent comme nécessaires puisque des stimuli internes peuvent se voir conférer conditionnellement relationnellement les fonctions de dangerosité de réalités extérieures menaçantes.

Prenons l’exemple d’un rat entraîné à presser un levier A s’il a récemment reçu un choc électrique et un levier B s’il n’a pas été récemment choqué. Presser le levier A revient pour lui à «dire» qu’il a été choqué. Cela ne lui pose aucun problème : le choc était certes aversif mais le fait de le «rapporter» ne l’est pas puisqu’il n’a pas pour conséquence l’expérience d’un nouveau choc, mais l’obtention d’un granule de nourriture. Un être humain pourra par contre éprouver de grandes difficultés à parler d’un événement traumatisant, puisque, comme en rend compte la TCR, quand il interagit symboliquement avec un événement, les fonctions du référent sont psychologiquement présentes dans le symbole et vice-versa et peuvent de surcroît, dans certaines conditions, s’étendre à d’autres symboles via un réseau de termes en relation les uns avec les autres. En raison de ce phénomène de transformation bidirectionnelle des fonctions d’un stimulus, la souffrance éprouvée au moment du traumatisme est revécue par le sujet quand il en parle ou quand il y pense.

Importance des « émotion» ! C’est un processus complexe dans lequel des sensations physiques sont associées à des cognitions sous forme de pensées verbales et/ou de représentations imagées, la composante cognitive comportant régulièrement une dimension d’évaluation : joie, détente, amour («bonnes») angoisse, colère, tristesse ( «mauvaises»). Pour un être humain, l’angoisse n’est pas que la présence simultanée de sensations physiques et de tendances à l’action, c’est une catégorie verbale évaluative et descriptive intégrant un large éventail d’expériences des souvenirs, pensées, évaluations et comparaisons sociales. La bidirectionalité des processus fondant le langage crée l’illusion que le caractère «mauvais» attribué à l’anxiété est inhérente à cette émotion elle-même. Nous disons « c’est une mauvaise émotion» et non «c’est une émotion que j’évalue comme mauvaise».

Fatalité de l’évolution. Les processus fondant le langage et la cognition humaines sont le résultat d’un processus de sélection favorisant les caractéristiques propres à favoriser la survie. Ils sont donc axés sur la reconnaissance et l’élimination des dangers. Une fois qu’un événement privé est évalué comme « mauvais» ou «dangereux», il va donc tout naturellement devenir la cible des processus cognitifs tant de fois renforcés par les innombrables succès qu’il nous assurent dans la maîtrise de l’environnement matériel extérieur la ou notre cerveau fonctionne au TOP ? pas là ou nous nous créons nous mêmes nos propres problèmes psychologiques autogénérés dont la responsabilité incombe à notre organisme, cerveau surtout (Rappel : le contexte entre en jeu aussi, politique, économique social, culturel, interrelationnel, génétique, historique et actuel, familial, écologique…bref on renoue avec la notion de milieu influençant à la place de l’impasse intrapsychique, voie de garage de la psychologie clinique ), ce d’autant plus que notre éducation et notre culture nous ont appris qu’il devait être possible de les appliquer à notre monde intérieur.. Contrôler les manifestations émotionnelles et contrôler l’expérience de l’émotion sont pourtant deux choses bien différentes. L’enfant qui réussit à s’empêcher de pleurer ne devient pas heureux mais simplement silencieux. Le fait que notre culture accepte l’idée que les pensées et les émotions sont la cause de comportements favorise aussi les efforts pour éviter celles qui sont négatives puisqu’elles risqueraient de conduire à de « mauvaises» actions.

Les conséquences à court terme d’un comportement ont un impact bien plus grand sur sa fréquence que les conséquences éloignées, même destructives. Le piège est que :  les manœuvres d’évitement d’expérience apportent généralement un soulagement à court terme. De nombreux facteurs contribuent ainsi à l’installation et au maintien de l’évitement d’expérience comme un comportement appris, généralisé, et entretenu par renforcement négatif (disparition de la conséquence aversive ). L’évitement d’expérience peut être utile : S’absorber dans un travail pour chasser l’inquiétude que nous cause l’attente d’un être cher, se distraire de la douleur d’une intervention dentaire en pensant aux prochaines vacances.

La capacité de l’être humain à éviter délibérément certains stimuli repose sur son aptitude à formuler et à suivre une règle verbale. Mais si ce sont des pensées que l’on cherche à éviter la règle qu’il faut construire pour y parvenir contient l’objet qu’on veut fuir. Les travaux expérimentaux sur la suppression de pensées confirment que les contenus psychiques que le sujet cherche à éviter ont tendance à devenir envahissants.

Maitriser l’angoisse ? Des aspects de l’expérience que l’on cherche à éviter ne répondent que peu ou pas du tout au contrôle verbal. Les réactions anxieuses sont largement l’effet de conditionnements répondants, médiatisées par le système nerveux neuro-végétatif «autonome» qui n’est pas soumis au contrôle volontaire. Quand l’anxiété devient la «chose» à éviter, le moindre signe d’angoisse devient menaçant et mobilise des stratégies de contrôle. Dès qu’elles sont perçues comme inefficaces, un cercle vicieux est amorcé.( Idem les attaques de panique ).

En fonction de notre histoire, nous sommes tous dépositaires d’un registre de conditionnements aversifs avec pour conséquence que certaines situations de réalité mais aussi certaines pensées, certaines images, certaines sensations physiques vont mobiliser une tendance à l’évitement d’expérience. L’ubiquité des processus relationnels fait que les efforts d’évitement doivent sans cesse être renouvelés. L’évitement d’expérience peut ainsi devenir une occupation à plein temps au détriment d’activités qui iraient dans le sens des valeurs qui nous sont chères. La souffrance «positive» liée aux émotions et aux pensées désagréables est ainsi diminuée au prix de la souffrance «négative» liée à l’appauvrissement d’une existence privée de toutes les activités auxquelles il faut renoncer en attendant d’en avoir fini avec ce travail de Sisyphe. Certains changements que nous devons mettre en oeuvre dans notre vie pour qu’elle ressemble davantage à ce que nous voulons en faire vont inévitablement s’accompagner d’événements privés inconfortables. Là aussi, l’évitement d’expérience a des conséquences délétères. Certaines formes d’évitement d’expérience sont destructrices : les troubles du comportement que l’on considère parfois comme «addictifs» avec ou sans substances, les troubles alimentaires, l’alcool, le jeu pathologique ou le «workaholism» …

Thérapies comportementales de la troisième vague (Philippe Vuille)

Après une première vague correspondant aux premières applications cliniques du behaviorisme et une deuxième vague née dans les années 1960 avec l’avènement de la psychologie cognitiviste, on a vu émerger dans les deux dernières décennies du vingtième siècle une troisième vague qui a été définie comme suit :

La troisième vague des thérapies comportementales et cognitives repose sur une approche centrée sur des principes empiriques; elle accorde une attention particulière au contexte des phénomènes psychologiques et s’intéresse davantage à leur fonction qu’à leur forme, ce qui a conduit au développement de stratégies de changement contextuelles et expérientielles venues s’ajouter à des techniques plus directement didactiques. Les approches thérapeutiques en question tendent à la construction de répertoires comportementaux d’une extension, d’une flexibilité et d’une efficacité accrues plutôt qu’à l’élimination de problème définis de manière étroite et elles soulignent que les questions sur lesquelles elles se penchent concernent autant les cliniciens que leurs clients. La troisème vague reformule et synthétise les acquis des générations précédentes de thérapie comportementale et cognitive et les applique à des domaines et à des questions qui ont dans un premier temps été traitées par d’autres orientations thérapeutiques, ce dans l’espoir de mieux les comprendre et de les traiter avec une efficacité accrue.    Steven Hayes, (2004)

Il est intéressant de constater que les thérapies s’inscrivant plutôt dans une perspective cognitiviste comme la MBCT et les thérapies se réclamant du behaviorisme radical comme la DBT, la FAP ou l’ACT privilégient de la même manière des interventions portant sur le contexte plutôt que sur le contenu des phénomènes psychologiques problématiques.

Dans une sorte de synthèse dialectique entre une ancienne thèse et son antithèse, les thérapies de la troisième vague semblent en voie de guérir les plaies du passé et d’aplanir les anciens différends entre les perspectives comportementales et cognitive (…) Les interventions de la troisième vague ne représentent pas un rejet des premières et deuxième vagues de la thérapie comportementale et cognitive mais plutôt une transformation des phases précédentes aboutissant à une approche nouvelle, plus large et plus interconnectée. Ainsi, si les implications de ce mouvement peuvent être révolutionnaires, le processus qui le sous-tend est évolutif – comme on pouvait s’y attendre dans un domaine se réclamant explicitement de l’empirisme. (Hayes, 2005)

Ce texte est étayé par les sources suivantes très utiles à consulter :

Frédérick Dionne, Thanh-Lan Ngô et Marie-Claude Blais. Le modèle de la flexibilité psychologique : une approche nouvelle de la santé mentale. Revue Santé mentale au Québec Volume 38, Numéro 2, Automne, 2013, p. 111–130 Pleine conscience et psychiatrie.

Matthieu Villatte, Jean-Louis Monestès, Louise McHugh, Esteve Freixa i Baqué. ( 2008) L’étude de la Théorie de l’Esprit au sein de la Théorie des Cadres Relationnels : Une revue de la littérature sur les réponses relationnelles déictique ACTA COMPORTAMENTALIA Vol. 17, Núm. 1 pp. 117-136

Schoendorff B, Faire Face à la Souffrance : choisir la vie plutôt que la lutte avec la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement. Collection Faire Face (Directeur: Charly Cungi), Retz, Paris (in Press), 2009.

Site AFSCC Association Francophone pour une Science Contextuelle et Comportementale https://act-afscc.org/ (Philippe Vuille)

Dehaene, S (2018) Apprendre, Les talents du cerveau, le défi des machines. Odile Jacob

Jean-Louis Monestès et Matthieu Villatte (2011). La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) Éditions Elsevier Masson,

Russ Harris (2012) Passez à l’ACT : Pratique de la thérapie d’acceptation et d’engagement. De Boeck

Ilios Kotsou & Alexandre Heeren ( 2011) Pleine conscience et acceptation, Les thérapies de la troisième vague. De Boeck.

Jacobson,N., & Christensen, A., ( 1996) Acceptance and change in couple therapy: A therapist’s guide to transforming relationships New York: Norton. (1998)

Andrew Christensen & Neil Jacobson ( 2012) Couples en difficultés : Accepter ses différences. De boeck (traduction François Allard)

Pour aller plus loin…

1ère vague

Le Behaviorisme

2 ème vague

Le Cognitivisme

Psychothérapies Individuelle, Familiale et de Couple : Consultations sur rendez-vous

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